Et voici le report

Les festivals de l'été sont l'arbre qui cachent la forêt. Car à l'échelle européenne, les week-ends sont occupés toute l'année par de tels événements. C'est donc à l'un d'eux que nous nous rendons, en plein pays néerlandais mais qui a cette année une saveur bien frenchie. Il est en effet bien rare que deux formations hexagonales soient à l'honneur en terres étrangères, surtout quand il s'agit de heavy-metal. Nightmare se paie de surcroît le luxe de la place en tête d'affiche, soutenu par Lonewolf, lui aussi originaire de la région grenobloise. La salle est étonnement petite, quand on sait par exemple qu'un groupe aussi renommé que The Gathering s'y produira en décembre : en tassant bien, c'est bien le maximum si l'on peut ranger 500 personnes filiformes en ces lieux. Ce n'est de plus pas spécialement le profil de la majorité du public réuni ce soir. Bides à bières, cheveux grisonnants et vestes à patchs... les metalleux présents ont de la bouteille et sans doute des années de concerts de heavy-metal derrière eux, le genre d'individus en voie de disparition en France (à quand une association de sauvegardes du hardos old-school ?).
La journée commence doucement avec SNAKES AND SIRENS, un combo local atypique sur cette affiche qui frise l'hérésie en intégrant un ignoble clavier botempi dans sa musique. Pourquoi pas de l'eau de source au bar pendant qu'on y est ? Rien de folichon lors de cette prestation, même pour un amateur de heavy pour fillettes comme moi. Si le chanteur s'en sort honnêtement sans toutefois faire trembler les tympans, les voix death du batteur agacent à défaut de muscler les choses. Seule la reprise de "Over The Hills And Far Away" de Gary Moore (pas de Nightwish, bande de mioches) attire l'attention de ceux qui ne taillent pas la bavette au comptoir.
Un peu plus remuant, ACCELERATE passe la vitesse supérieure en proposant un heavy-metal épique sorti du formol des années 80, à l'époque où Di Anno avait des cheveux et chantait dans un groupe sympa du nom d'Iron Maiden. Et pourtant, les musiciens à la blonde et longue chevelure sont jeunes et prouvent qu'il ne faut pas se fier aux apparences. Le chanteur doit par contre leur mettre une bonne quinzaine d'années dans la vue mais a encore la pêche. Mais une fois encore, pas de quoi pavoiser et se démettre une cervicales, il y a juste ce qu'il convient pour passer un agréable moment. Ô surprise, le set se conclut par une reprise de la Vierge de Fer "The Trooper", le genre de morceau qui laisse forcément une bonne impression finale.
LONEWOLF emboîte le pas devant une assistance pas encore très curieuse de ce qu'il se passe sur les planches. Il fallait pourtant accrocher son dentier car les français sortent la boîte à gifles et bastonnent méchamment. Riffs décoiffants, rythmiques sauvages, voix de mammouth qui renvoie Chris Bolthendal de Grave Digger a ses chères études de chant lyrique... l'artillerie des Grenoblois fait feu de tout bois et tire à boulets rouges sans aucune sommation. Du coup, les premiers rangs se garnissent, attirés par ce déluge de feu en règle. Les pauses se font rares, pas le temps de ramasser les chicos qu'on s'en reprend plein la tronche. Enorme !
Setlist :
Hellenic Warriors
Burried Alive
S.Q.P.R.
Phantomride
Unholy Paradise
Utopia
Pagan Glory
Holy Evil
Les espoirs du heavy-metal belge DOUBLE DIAMOND auront-il les ressources de prendre la suite ? Le style est certes moins barbare mais les gaillards ne font pas non plus dans la dentelle de Bruges, se rapprochant plus d'un Judas Priest aux hormones (qui a dit Primal Fear ?). Mais Double Diamond, c'est aussi une culture de l'art de la coupe de cheveux. Choucroute bien garnie pour un des guitaristes, mulet de compétition pour le bassiste (avec bien-entendu l'indispensable moustache de circonstance), on est presque déçu que les autres ne complètent pas ce tableau idyllique. Le frontman à la frappante ressemblance avec Rob Halford a de quoi faire verdir de jalousie quelque uns de ses collègues, sans pourtant trop se frotter aux sommets suraigus. Les excellentes relectures de "Breaking The Law" (Judas Priest) et de "Battle Hymn" (ManowaR) mettent le public en ébullition et s'attirent immanquablement une reconnaissance méritée et la joie éthylique des premiers échaudés qui se donnent en spectacle sur la scène.
Que doit-on attendre du retour à la surface de GRIM REAPER, groupe légendaire de la NWOBH du début des eighties et qui n'a conservé de son line-up originel que le chanteur Steve Grimmett ? Les Anglais ne tardent pas à répondre à la question : du très bon ! Et oui, malgré son apparence de poussah adipeux, le talentueux vocaliste méduse rapidement l'auditoire et prouve que les années et les clopes n'ont pas eu de prises sur ses magiques cordes vocales. Accompagné pour l'occasion de comparses au niveau irréprochable, Steve n'avait plus qu'à faire le reste. "Rock You To Hell", "Waysted Love", "Lust For Freedom", "Fear No Evil", "Rock And Roll Tonight", "Lay It On The Line", "See You In Hell"... tout y passe ou presque et l'ambiance monte clairement d'un ton. Elle n'est pas la seule car les spectateurs veulent partager leur bonheur avec les musiciens et grimpent sur scène pour d'intensives séances d'headbangages collectives lors du rappel ("Rock You To Hell" une seconde fois !). Magistral !
Ahhh SACRED STEEL ! Les souvenirs émus du concert nullissime donné en première partie de Primal Fear en 2001 à l'Elysée Montmartre me reviennent spontanément à l'esprit avec la larme (de rire) à l'œil. J'avais hâte de revoir ce chanteur qui mettait toutes les notes à côté, tout en brandissant son épée de fête foraine. Les Teutons pas démontés (sauf par la critique) peuvent tout de même se targuer d'une honnête discographie de true-warrior. Le père Mutz a fait de sacrés progrès au chant mais sa voix reste toujours aussi caricaturale de la bête humaine capable de briser du double-vitrage à coup de hurlements aux octaves vertigineuses. Il faut avouer objectivement que le groupe que je vois aujourd'hui n'est pas du même standing que celui qui s'était vautré à Paris cinq ans auparavant. Sacred Steel ravage massivement les tympans devant un parterre de fans, déballant une pléiade de riffs consistant comme du béton armé. Et cette fois, l'interprétation n'est pas hésitante pour un sou et tient plutôt de la frappe chirurgicale. La pyrotechnie est même de la partie, à moins que ça ne soit le heavy plombé des germaniques qui fasse surgir les étincelles. Pas de démonstration à l'épée par contre, heureusement qu'il reste Amon Amarth pour ce genre d'exercice (mais c'est moins drôle) !
Dur dur maintenant pour NIGHTMARE de prendre la suite mais le défi n'est pas insurmontable. Le public qui lui fait face n'est pas celui d'After Forever avec qui il a fait deux tournées en première partie, mais bel et bien un troupeau de bestiaux chevronnés qu'il faudra dresser. Rien ne sera facile car la machine à fumée, qui a déjà fonctionné à plein régime durant le festival, délivre ses dernières bouffées de la soirée et plonge par la même occasion la salle dans un indicible brouillard dont je n'ai jamais jusque là vu d'équivalent. Du coup, le chanteur Jo Amore devra oeuvrer dans des conditions suffocantes du début à la fin. Mais, fort de son expérience et de ses capacités vocales hors-normes, il dissipe immédiatement les doutes et fait une nouvelle fois une sacrée démonstration, tout comme ses acolytes. Les connaisseurs des débuts du groupe sont servis comme des princes car le début du set est entièrement consacré aux deux premiers opus "Waiting For The Twilight" et "Power Of The Universe", jusqu'à la reprise hommage de Sortilège. A cette occasion, un hollandais qui arbore fièrement un tee-shirt de l'ancienne formation de Zouille est invité sur scène par Jo avant d'introduire le titre "Sortilege". Pour une surprise, c'est une belle surprise ! La suite est un peu conforme à la setlist habituellement proposée, c'est à dire basée sur les trois albums sortis au 21ème siècle. Mais ça n'en est pas moins bon car les Français se démènent comme des beaux-diables, voyant que l'assistance s'est copieusement étoffée au fil des minutes. Le rappel venant, une foule consistante et visiblement ivre s'amasse sur la scène dans un joyeux bordel pendant la reprise de Dio "Holy Diver", avant l'apothéose finale "Mind Matrix Schizophrenia" au cours duquel un gus enverra dans le gosier de Jo une rasade d'hydromel. Nightmare a sans aucun doute contribué ce soir à changer bien des avis quant à la tenue du heavy-metal chez nous. Un bien belle prestation et un bien joli cadeau pour le tour-manager du groupe Jeep Moncorger qui fêtait aujourd'hui son anniversaire, mettant un terme à cette édition du Heavy-Metal Maniacs en tout point réussie.
Setlist :
Trust A Crowd
Let's Go (Out Of Jail)
Lord Of The Sky
Power Of The Universe
Invisible Word
Sortilège (reprise de Sortilège)
Heretic
Secret Rules
Cosmovision
Silent Room
Messenger Of Faith
Last Flight To Sirus
Watchtower
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Holy Diver (reprise de Dio)
Mind Matrix Schizophrenia